Voilà un commentaire de professeur que j'avais oublié de publier :
"Très chers élèves, et maman d'élève,
J'écris ce commentaire afin de faire le point sur quelques petites choses. Tout d'abord les profs (dont je fais partie) ne sont pas démobilisés. Oui, notre direction a été reçue par le Rectorat, et oui le Rectorat a fait des propositions. Des propositions qui ne répondent pas à nos demandes dans la mesure où elle ne reviennent pas sur les suppressions de classes, ni sur les suppressions de postes (qui chez nous sont des non remplacements de départs à la retraite). Pour l'heure, et dû à de nombreux problèmes internes qui ne vous concernent pas et dont je ne peux faire part, nous n'avons pas pu nous concerter entre profs de manière formelle sur la position à adopter vis-à-vis de ces propositions. Mais ce qui semble ressortir va plutôt dans le sens d'un rejet massif desdites propositions.
Pour ces raisons-là nous ne pouvons bloquer le lycée, cela n'a même plus été discuté en salle des profs, tout simplement car cela n'a plus lieu d'être : tant que nous n'aurons pas défini de position claire quant à ces propositions (que le Rectorat fait pour apaiser nos revendications), nous ne pourrons avoir d'action claire et massive contre le Rectorat.
Par ailleurs, et cela a été dit très clairement, il n'y a plus d'argent au Rectorat : la petite marge de man½uvre financière qu'il y avait a été épuisée avec les premiers établissement qui se sont mis à revendiquer avant nous. Eux ont obtenu souvent des maintiens de postes et/ou de classe, ce qui fait que maintenant il n'y a plus d'argent pour les autres.
Cela veut donc dire que dorénavant notre mouvement ne se joue plus tellement au niveau local du Lycée Champlain, mais au niveau national du Ministère, voire de la Présidence. Or il se trouve que pour les vacances de février et d'avril, les départ en vacances se font de manière échelonnée, par zones. La première zone (la B) est en vacances depuis déjà une semaine. Et nous qui sommes en dernière zone cette année (la C), nous ne rentrerons de vacances que le lundi 5 mai. Ce qui fait au total un mois entier pendant lequel semaine après semaine une partie de la France est en vacances ; ce qui rend impossible tout appel national concernant les enseignants. Appel qui aura en revanche très certainement lieu à notre rentrée, une fois que tout le monde aura repris le boulot.
Pour en revenir aux actions qui peuvent être menées en attendant, je vous rappelle que les syndicats lycéens (la FIDL et l'UNL) appellent à la grève et à la manifestation le mardi et le jeudi depuis trois semaines. Hier c'était le cinquième appel. Une fois sur deux les syndicats d'enseignants des académies de Créteil, Paris et Versailles appellent du coup eux aussi à la grève pour soutenir le mouvement lycéen, puisque nos combats sont les mêmes. Chacun est libre de faire grève ou pas, chacun est libre d'aller manifester ou pas. Nous n'avons pas tous les mêmes marges de man½uvre, autant chez les élèves que chez les profs : du côté des profs, pas tous ne peuvent se permettre de la même manière de perdre à chaque fois une journée de salaire ; du côté des élèves pas tous ne peuvent se permettre de la même manière de perdre des journées de cours, en particulier lorsqu'il y a le bac à la fin de l'année. Il y a cependant une petite différence entre vous et nous : vous pouvez tourner, à savoir aller manifester un jour pendant qu'un autre prend les cours, et l'inverse la fois suivante. C'est une question d'abord d'opinion, ensuite d'organisation.
Je vois beaucoup de commentaires d'élèves demandant à cor et à cris de bloquer le lycée, et très peu aller manifester... C'est sûr ce n'est pas la même prise de risque : si le lycée est bloqué on peut toujours se cacher derrière ce prétexte pour excuser le fait de ne pas être allé en cours, avec la manifestation non : on est obligé d'assumer tout seul. Vous n'avez pas besoin d'avoir tout le lycée derrière vous pour prendre vos décisions, pas besoin non plus de penser qu'on ne comptabilisera pas vos absences (ce n'est pas quelque chose qui est faisable sur le moyen terme, encore moins sur le long terme) : soyez capables d'assumer vos choix et essayez de voir un peu plus loin que la mobilisation ou non mobilisation à Champlain : hier il y avait à Paris le double de manifestants par rapport à mardi, deux jours seulement auparavant !
Idem pour la radicalisation du mouvement : l'immense majorité des gens (profs, élèves, parents, la population en général) sympathise avec nos revendications. Si vous vous radicalisez, vous les faites passer de l'autre côté : du côté des gens qui seront contre vos actions, et du coup aussi contre vos revendications. Si vous bloquez le lycée par la force contre une majorité qui veut aller en cours (ou avoir le choix d'y aller le matin et aller manifester l'après-midi, ou y aller tel jour et aller manifester un autre), vous vous mettez cette majorité à dos et vous rendez illégitime vos actions et donc vos revendications. Si vous allez faire de la casse à la faveur des manifestations, vous perdez tout crédit aux yeux de tout le monde. C'est la même chose. On n'a jamais vu un mouvement quel qu'il soit avoir plus de popularité parce qu'il est plus radical. Ramené à une autre échelle c'est comme si on vous inculquait nos principes éducatifs à coups de violence physique ou verbale. Une aberration ! Je pense que nous sommes tous d'accord là-dessus.
Des actions comme aller devant le siège de France Télévisions aujourd'hui me semblent par contre très intelligentes, plus prometteuses de résultats sans avoir pour cela besoin de forcer vos camarades.
Réfléchissez à tout ça et RDV à la rentrée pour en reparler !"
Vis à vis de ce commentaire, j'aurai une question : les professeurs, eux aussi, ne peuvent-ils pas faire un roulement?
Exemple : Le mardi a, c'est le prof A qui vient en manifestation avec les élèves.
Le jeudi a, c'est le prof B qui vient en manifestation avec les élèves
Le mardi b, c'est le prof C qui vient en manifestation avec les élèves
Et ainsi de suite.
C'est vrai que nous ne perdons pas de journée de salaire, mais nous jouons notre avenir.
Quant aux absences ils ne faut pas oublier que tout les élèves ne sont pas majeures et ne peuvent donc pas tous justifier leurs absences eux même, et encore moins contre leurs parents.
Nous avons besoin des professeurs pour nous encadrer dans les manifs. Je tiens juste à signaler que c'est à partir du moment ou les profs ne nous ont plus suivi que le mouvement a commencé à s'estomper chez les élèves.
Nous nous battons pour nous, venez vous battre avec nous.
En fin de compte, les causes se rejoignent et élèves ne peuvent se passer de vous.
Delphine.